The tradition & historical record
6 min read · 2 sourcesLa danse dans la Rome antique est attestée dès avant la République et jusqu'à la fin de l'Empire. Outre leurs interventions régulières dans les cérémonies religieuses, danseurs et danseuses ont occupé l'espace festif, privé et public, développant le mime et créant un nouveau genre théâtral, la pantomime: spectacle dansé avec musiciens et chœurs, souvent basé sur la mythologie, rassemblant des centaines de spectateurs passionnés — avec les conséquences sociales qui peuvent en découler (vedettariat, naissance de coteries, bagarres de supporters, émeutes, sanctions rigoureuses). Sa description et son historique dépendent de textes d'auteurs latins et grecs, dont la traduction a été rendue problématique, au-delà du manque de vocabulaire technique, par l'interaction des champs lexicaux de la danse et du théâtre, et, parfois, en raison de l'interprétation subjective des traducteurs. Cette période de l'histoire de la danse reste fort méconnue du grand public parce que son iconographie est rare et que cet art a souffert pendant des siècles — en Occident — d'une critique, voire d'un rejet, liés à l'évolution de la morale et à la montée en puissance du christianisme. 1
Le problème et l’influence des sources
« Selon une idée reçue, les Romains n’auraient manifesté qu’un faible intérêt pour la danse. Le prétendu penchant de cette dernière pour la grossièreté et l’indécence, consécutif à la perte du sens religieux des pratiques orchestiques, aurait été incompatible avec la gravité des mœurs romaines. Cette idée ne correspond à aucune réalité historique. Notre connaissance des pratiques orchestiques romaines est faussée par la rareté des sources philosophiques et techniques (qui s’oppose à l’abondance de la documentation sur la Grèce) et par l’absence d’objectivité d’un grand nombre de témoignages antiques. » 1
— Marie-Hélène Garelli, « Rome: entre passion et condamnation », dans Laura Cappelle (dir.), Nouvelle histoire de la danse en Occident. De la préhistoire à nos jours, Paris, Seuil, 2020, p. 37-47. Étant donné qu’aucune notation de danse n’a survécu — pour autant qu'il en ait d'ailleurs existé à cette époque —, les images et les mots sont les seuls biais possibles pour se représenter les danses de l'époque romaine, mais ces médias sont extrêmement limités pour capturer une forme d’art multidimensionnelle qui se déplace dans l’espace et se déploie dans le temps. 1
Sources iconographiques
Sur le plan de l'iconographie, les documents subsistants de cette époque sont assez rares et parfois difficiles à interpréter pour plusieurs raisons: D'une part, l'évanescence de l'art de la danse est difficile à capter et reproduire dans les arts visuels par les orfèvres, peintres, fresquistes, mosaïstes, céramistes ou sculpteurs (d'autant que les danseurs n'utilisent pas, généralement, des objets qui permettent de les inscrire dans un contexte et de les identifier rapidement, comme brassard, filet, trident pour les rétiaires, casque à visière ou à crête, jambière, manchon en cuir, bouclier, dague ou épée recourbée pour les divers gladiateurs). La présence d'instruments de musique peut aussi amener l'observateur à considérer que les personnages qui en jouent sont des musiciens alors qu'il peut s'agir de danseurs s'accompagnant eux-mêmes du tambourin ou des crotales par exemple. La représentation du mouvement dansé ne se fait souvent que par le déploiement de la chevelure, le flottement ou la torsion des voiles ou des jupes et par la cambrure du corps qui n'interviennent pourtant que peu dans les lentes et calmes danses en chaine. Cependant l'image d'une élévation sur la demi-pointe du pied, de l'équilibre sur une seule jambe, du corps représenté dans un saut ou en envol sont d'autres moyens techniques utilisés dans les arts graphiques qui donnent des indications kinésiques aux analystes du mouvement. Quant à la pantomime, qui a été dansée de la fin du Ier siècle av. J.-C. 1
Sources textuelles
Sur le plan de l'écrit, Athénée de Naucratis indique l'existence d'un traité sur la danse à Rome, Περί Ὀρχήσεως (De la danse) rédigé par le danseur Pylade à la fin du Ier siècle av. J.-C.; l'encyclopédie médiévale Souda en fait mention, précisant que Pylade venait d'un bourg de Cilicie et que cet ouvrage, depuis disparu, traitait de la danse italienne que Pylade a inventée. Également perdu, Histrionia, écrit par Quintus Roscius Gallus, comparait l’art de l’orateur et celui de l’histrion, danseur-acteur comique. Selon une scholie, enfin, Catulle aurait écrit un traité sur les mimes. Divers textes de l’Antiquité, transmis au fil des siècles et donnant des avis sur une activité prisée par les Romains, des classes populaires à la haute société, ont été rédigés par des auteurs qui jugeaient souvent la danse frivole, la méprisant, voire la condamnant. Aux Ier et IIe siècles, Cicéron la cite dans ses discours; Sénèque en traite dans sa lettre 47 à Lucilius, Suétone dans sa Vie des douze Césars à propos de Caligula, Tacite dans ses Annales, Quintilien dans son Institution oratoire. Aux IIIe et IVe siècles, des chrétiens, membres influents dans l’Empire romain, s'élèvent contre les arts de la scène: notamment Tertullien dans son écrit Contre les spectacles, Cyprien de Carthage dans sa lettre du même nom et dans celle à Eucratius, Jean Chrysostome dans ses textes Contre les jeux et théâtres et Sur la vaine gloire et l’éducation des enfants ou Augustin d'Hippone dans ses Confessions III, IV, VI, X et son Discours sur le Psaume 128. 1
Du vocabulaire et des traductions
La complexité de traiter de la danse est d'autant plus grande que chant, musique, danse, mime, pantomime et théâtre sont intimement liés dans l’Antiquité grecque et romaine et que leurs champs lexicaux se recoupent. Le vocabulaire technique qui donnerait l'analyse descriptive des pas (mouvements et figures de base) est manquant et les écrivains de l'Antiquité, eux-mêmes se sont livrés à des jeux étymologique et sémantique, interprétant les termes en fonction de leurs convictions. Pour exprimer le mouvement, sont utilisés les termes suivants: Verbes 1
exsulto: sauter, bondir. Exsultare in numerum: sauter en cadence, danser. gesticulor: gesticuler, représenter par gestes, jouer la pantomime d’où viennent gesticularius (mime, acteur de pantomime), gesticularia (actrice de pantomime), gesticulator (mime, acteur de pantomime) et gesticulatio, qui concerne plus particulièrement le travail des mains et des bras particulièrement important dans la pantomime; ludo: jouer, se livrer à un exercice, jouer un rôle, paraitre en scène. Ce verbe est fréquemment employé, comme en grec, pour « danser ». « Ludere, c'est relâcher le contrôle de soi-même, se laisser aller au caprice d'un rythme intérieur qui est inspiré. Accius l'utilise pour décrire la danse bachique, Varron pour celle des saliens ». 1
Danser pour honorer les Dieux
La danse romaine est présente dans l'espace privé (notamment lors des mariages et funérailles) comme public (lors de fêtes qui se déroulent en ville et dans les campagnes), et les Romains y participent tant comme spectateurs que, parfois, comme danseurs. Se référant à Servius qu'il cite, Fritz G… 1
The text above is adapted from the Wikipedia article “Danse dans la Rome antique”, available under the Creative Commons Attribution-ShareAlike 4.0 licence. 1
Dance in ancient Rome is recorded in open cultural data. The structured record cited below does not describe the practice, and this entry has not yet been reviewed by a person familiar with the tradition. 2