The tradition & historical record
6 min read · 2 sourcesLe don est l'action de donner sans contrepartie, de manière désintéressée et intemporelle. Cependant, dans les systèmes de relations sociales, pour faire honneur au don, ou en remerciement la personne en bénéficiant peut faire un don en retour, qu'on appelle le contre-don. Il ne s'agit pas d'un acte d'échange de valeurs comme la vente ni le troc, puisque le receveur n'est pas tenu de rendre le don, et la valeur des dons n'entre pas directement en compte. 1
Enjeux du don
Un don permet d'offrir sans contrepartie apparente: 1
un objet, un bien matériel ou immatériel, de l'argent, du sang, un organe ou un corps à la science: ce qui permet notamment l'expérimentation sur le cadavre, telle que l' expérimentation en bioéthique. Le don va donc du cadeau personnalisé à des proches aux libéralités ou legs anonymes et réglés par testament à des organisations de charité. Pour parler de don, il convient donc que le donateur agisse sans répondre à aucune forme d'obligation autre que sa motivation, en dehors du respect de formalités légales pour les dons d'une valeur importante (donation). À ces transferts de valeurs monnayables, on ajoute parfois tous les actes qui bien que relevant du don, présentent essentiellement un caractère symbolique, le plus souvent des récompenses dans le domaine professionnel (médaille du travail), sportif (médaille, coupe…), intellectuel (prix littéraire, palmes académiques…), etc. Dans tous ces cas celui qui fait le don n'est pas toujours désintéressé, les médailles et prix étant aussi de puissantes sources de motivation. Un grand nombre de circonstances sont l'occasion de dons plus ou moins traditionnels: les aumônes; les étrennes et autres cadeaux liés aux fêtes; les pourboires et gratifications diverses; souscriptions favorisant des réalisations collectives; opérations de solidarité à l'occasion de guerres ou de catastrophes, etc. Les quêtes d'argent ou de nourriture pour cérémonies religieuses sont des dons, mais les offrandes sont faites dans la plupart des religions avec l'idée sous-jacente d'une contrepartie. Les personnes employant une notable partie de leur fortune en dons sont appelées philanthropes. 1
Aspects philosophiques du don
La définition du don demande des présupposés philosophiques, anthropologiques voire métaphysiques de grande ampleur, et l'on ne peut prétendre comprendre les tenants et aboutissants du don dans un aspect unique de celui-ci (sociologique, technique). Pour savoir comment quelqu'un donne, il faut définir quel est le rapport de la personne à la richesse. 1. Si la destinée de l'homme se limite à une vie matérielle, il va de soi que le don totalement gratuit paraît irrationnel, et qu'il doit alors se trouver un intérêt caché à tout acte de don, sans quoi les gens généreux ne feraient que perdre ce qu'ils possèdent sans raison, et manqueraient alors de rationalité. 2. Mais si la destinée de l'homme est également spirituelle, il se peut alors que le plaisir du don soit d'un tout autre ordre que le plaisir de la possession matérielle, et qu'il le surpasse. Le don serait alors même un acte très rationnel. Il se peut qu'une conception trop individualiste de l'homme l'ait réduit à un demandeur de plaisir solitaire. Mais si l'on comprend au contraire que l'homme est par nature relationnel et social, et qu'il trouve son bonheur d'abord dans la relation d'amitié (d'ordre spirituel), alors le don ne serait plus nécessairement un acte déguisé d'égoïsme, mais un acte en lui-même bon et agréable, qui comble de facto celui qui l'accomplit parce qu'il a fait du bien à l'autre. On parle d'empathie: l'homme partage le bonheur de l'autre, comme il partage son malheur par l'intermédiaire d'une juste connaissance, et c'est le propre de la raison. On parle alors d'amour et d'amitié. 1
Aspects sociologiques du don
Le don n'est pas un acte d'échange de valeurs puisque le receveur n'est pas tenu de rendre le don ou sa contrepartie en valeur. La valeur des dons n'entre pas directement en compte dans ce système de commerce (kula). Historiquement, on peut différencier trois sortes de don / contre-don: 1
l'échange rituel: il s'agit alors d'honorer des puissances avec l'espoir d'obtenir des faveurs terrestres ou la clémence des dieux; l'échange intercommunautaire: il s'agit alors de garantir les bons rapports entre deux communautés grâce à des relations privilégiées; la marque d'une distinction sociale: il s'agit de faire reconnaître sa primauté par le biais d'une compétition du don, les valeurs données pouvant parfois être détruites (potlatch). Ces trois formes de don se trouvent généralement entremêlées dans la réalité. 1
Le don est à comparer avec d'autres formes d'échange plus actuelles: le troc: s'il peut se rapprocher du don / contre-don par le fait qu'il s'agit d'un échange sans garantie d'une tierce partie, il en diffère par la fixation d'une valeur marchande d'échange ainsi que par une temporalité de l'échange et donc du lien; la vente: cet échange est régi par des lois fixes dépendantes du pouvoir ou du marché, il s'effectue sous un étalon valeur (argent) et est donc temporel. 1
Aspects juridiques du don en France
En France, les dons sont prévus en particulier par les articles 930 et 937 du Code civil. Par les lois de 1901 et 1905, les institutions religieuses perdirent la possibilité de recevoir des dons ou des legs. Toutes les associations sont aptes à recevoir des dons[réf. 1
Bibliographie
Les textes et ouvrages traitant du don se multiplient depuis quelques années. Il faut commencer par citer celui qui a relancé la recherche contemporaine et qui reste une référence, même si souvent discutée et critiquée. 1
Marcel Mauss, Essai sur le don - première publication l'Année sociologique, 1923-1924, rééd. in Marcel Mauss, Sociologie et anthropologie, 2001, PUF, Paris. puis dans un volume à part. Parmi les antécédents: 1
Sénèque, Les Bienfaits (nombreuses traductions). Parmi les travaux (plus) récents: 1
Georges Bataille, La Part maudite (1re éd. 1949) précédé de La Notion de dépense, 1967, Les Éditions de Minuit. Alain Caillé, Don, intérêt et désintéressement, Bourdieu, Mauss, Platon et quelques autres, 1994 et 2005 (nouvelle édition augmentée), Ed. La Découverte. Alain Caillé, Anthropologie du don - Le Tiers paradigme - 2000, Ed. Desclée de Brouwer. Alain Caillé, Dé-penser l'économique - Contre le fatalisme - 2005, Ed. La Découverte. Jacques Derrida, Donner le temps, 1995, Galilée. (essai philosophique sur la question du rapport entre donation et temporalité). Jacques Derrida, Donner la mort, 1996, Galilée. (essai philosophique sur la question du rapport entre donation, sacrifice et mort). Sylvain Dzimira, Mauss, savant et politique, 2008, La Découverte Laurent Fontaine, Paroles d’échange et règles sociales chez les Indiens yucuna d’Amazonie colombienne, 2008, L’Harmattan. Jacques T. Godbout, L’Esprit du don (en collaboration avec Alain Caillé), 1992, Ed. La Découverte (Ed. du Boréal pour le Canada). Jacques T. Godbout, Le Langage du don, 1996, Ed. Fides (texte d'une conférence prononcée en mars 1993). Jacques T. 1
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